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L’alignement régénératif au service de la co-transition numérique et régénérative

L’alignement régénératif au service de la co-transition numérique et régénérative

Dans un précédent article mis en ligne en juillet 2024, nous avons présenté le concept d’écoconception globale, qui désigne la mise en œuvre des principes de l’écoconception (ou ecodesign) à toutes les strates du pilotage et du design de l’entreprise, tel que représenté dans le schéma ci-dessous :

Dans cet article, nous présentions ainsi l’intérêt d’une telle démarche : “L’intérêt de cette approche réside selon nous dans le fait qu’elle nous force à avoir une vue globale et non silotée de ces différents chantiers. Or, ce dont a besoin une entreprise qui opère sa transition responsable ou régénérative, c’est de cohérence d’ensemble dans sa démarche pour que celle-ci soit efficace. En abordant les choses avec cette vue globale, on donne plus d’impact à chaque niveau de mise en œuvre de l’éco-conception et chacun comprend qu’il travaille dans le même objectif et le même sens que les éventuelles autres équipes qui travaillent sur les autres niveaux. De ce point de vue, l’étape stratégique d’éco-conception de la vision, de la mission ou de la raison d’être est cruciale car elle fixe un cap que tout le monde peut suivre ensuite.”

Toujours dans ce même article, nous évoquions en ces termes la relation entre l’écoconception globale et la transition régénérative de l’entreprise : “L’éco-conception n’est pas forcément synonyme d’économie régénérative. Mais les entreprises qui cherchent à être régénératives ont tout intérêt à s’engager dans une démarche d’éco-conception globale. À l’inverse, celles qui s’engagent dans une démarche d’éco-conception globale sans pour autant avoir une visée régénérative se rapprocheront très certainement de cet objectif même s’il n’est pas explicitement formulé ou revendiqué. Lorsqu’il est revendiqué, on peut parler d’innovation régénérative, de transformation régénérative ou de management régénératif.”

Depuis cet article, nous vous avons présenté le Regenerative Transformation Framework (Partie 1, Partie 2 et Partie 3), la méthode que nous mettons au point pour aider les entreprises à engager leur transformation régénérative. Le Regenerative Transformation Framework se compose de 10 axes de travail, qui sont autant de chantiers que doit ou peut engager une entreprise afin de conduire sa transformation régénérative.

À ce sujet, nous avons présenté ainsi l’intérêt du RTF : “L’enjeu du RTF consiste à réunir dans un même mouvement, une même approche, une même démarche, tous les axes de travail, et à donner ainsi du sens à chacun, pour leur donner plus d’impact et éviter à l’entreprise de perdre son temps, son argent ou ses efforts dans des initiatives conduites isolément ou en parallèle les unes des autres sans coordination et pouvant être contre-productives. Il vise à éviter le travail en silos, et pousse plutôt à s’appuyer sur les relations et les interdépendances des différents axes entre eux, puisqu’ils forment système. L’enjeu du RTF est également de montrer que chaque axe pris isolément est insuffisant et qu’il importe donc de mettre en œuvre un maximum d’axes de manière coordonnée.”

Aujourd’hui, il nous semble intéressant de rapprocher la démarche d’écoconception avec la méthode du RTF autour d’une idée clé : l’alignement régénératif. Ce dernier désigne l’alignement au sein de l’entreprise entre la stratégie régénérative et l’exécution régénérative. Il vise à s’assurer que le régénératif est présent à chaque niveau de l’activité de l’entreprise, de la même manière que l’écoconception globale vise à appliquer l’écoconception à chacun de ces mêmes niveaux. Il permet donc à une entreprise d’aligner son positionnement régénératif, sa raison d’être, son plan de transformation et ses projets selon les 10 axes du RTF. La structure du RTF contribue elle-même à l’alignement régénératif en articulant les axes de travail les uns avec les autres. L’entreprise peut ainsi aligner son portefeuille de projets d’innovation, les projets de son plan de transformation ainsi que ses activités existantes et ses tâches quotidiennes sur cette même visée régénérative.

Les bénéfices de cet alignement peuvent se manifester explicitement dans le cas du numérique et notamment de l’intelligence artificielle. Les entreprises sont soumises à une pression du marché et des acteurs de la tech pour accélérer leur transformation digitale, notamment par l’intégration de l’IA. Mais cette intégration et cette transformation ne sont bien souvent pas vraiment alignées avec les enjeux de transformation régénérative. L’alignement régénératif, le RTF et l’écoconception globale ont pour vocation de créer cet alignement entre la transformation digitale et la transformation écologique et sociale, qui est au cœur des convictions et de la raison d’être d’ACOVia, et que nous avions décrit dans cet autre article.

Nous y décrivions notamment ce que nous appelons “la transition IA régénérative” : “À l’opposé d’une démarche purement technologique ou techno-économique, ou même d’une démarche user-centric mais à visée d’adoption pure, c’est-à-dire qui ne se préoccuperait que de faire adopter l’IA, presque de force, la démarche consiste ici à préserver tous les capitaux de l’entreprise et à se demander comment continuer à les faire prospérer dans le contexte de la transition IA. Alors qu’une simple “transition IA” se focaliserait sur les bénéfices opérationnels et financiers de l’utilisation et de l’intégration de l’IA, la “transition IA régénérative” y ajoute la prise en compte des impacts sociaux et environnementaux. Dans une optique de soutenabilité forte, ces impacts sont même non substituables aux deux autres.”

Dans le cas du numérique et de l’intelligence artificielle, au-delà de la structure de l’écoconception présentée dans le schéma ci-avant, et au-delà de la structure du RTF, l’alignement régénératif peut s’appuyer concrètement sur 3 grilles de lectures qui s’alignent pour concevoir et piloter les projets de l’entreprise avec une visée régénérative.

Nous empruntons la première grille à la société Lumia, dirigée par Christophe Sempels, qui a publié voici peu la Carte du régénératif, une matrice qui permet de “visualiser de manière synthétique les nombreuses voies qui s’ouvrent aux entreprises pour initier des projets à visée régénérative, pour le cas échéant, identifier leurs possibilités et priorités”. Cette carte permet “d’embrasser de manière simple et visuelle le champ des leviers de transformation possibles vers le régénératif”.

La Carte du régénératif est une matrice composée de 4 quadrants. La colonne de gauche réunit les actions de l’entreprise destinées à réduire ses impacts négatifs à leurs seuils incompressibles. La colonne de droite réunit les actions de l’entreprise destinées à générer des impacts positifs. La ligne supérieure réunit les actions destinées à agir sur les écosystèmes naturels (impacts environnementaux), la ligne inférieure réunit les actions destinées à agir sur les communautés humaines (impacts sociaux).

Chaque quadrant est occupé par une arborescence de champs d’actions possibles dans le domaine concerné. L’ensemble constitue donc une sorte d’inventaire des actions possibles d’une entreprise pour engager sa transformation régénérative. La Carte du régénératif est un outil que nous recommandons d’utiliser dans le cadre de l’axe 1 du RTF, pour définir le positionnement et le plan d’action de la transformation régénérative de l’entreprise. Cela permet de découvrir et d’explorer le champ des possibles, ce qui est déjà un exercice fort utile. La Carte permet ensuite à l’entreprise de sélectionner les champs d’action qu’elle veut explorer, car il ne s’agit pas nécessairement de s’engager dans toutes les directions mais de faire le choix de celles qui sont les plus pertinentes pour soi. Dans la durée, la Carte permet de piloter le portefeuille des actions du plan de transformation régénérative. Pour naviguer sur la carte du régénératif, l’entreprise doit trouver sa boussole régénérative, qui peut s’incarner dans sa vision, sa mission, sa raison d’être et ses principes de fonctionnement.

Après ce niveau global de l’entreprise, le deuxième niveau de notre alignement est celui du système d’information (SI), celui du numérique. Il est très intéressant de constater qu’il existe à ce niveau une matrice qui correspond exactement à la même logique que celle de la Carte du régénératif. Il s’agit de la matrice qui distingue le “green IT” et “l’IT for green”, ainsi que le “good IT” et “l’IT for good”. Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer cette matrice dans un précédent article. Nous utilisons le terme de matrice, mais en réalité, ces 4 notions sont rarement présentées sous la forme d’une matrice. Si on les rassemble pourtant sous cette forme, on retrouve exactement la même logique de composition de celle de la Carte du régénératif : le “green IT” consiste à réduire les impacts environnementaux négatifs du numérique à leur seuil incompressible, l’IT for green consiste à générer des impacts environnementaux positifs avec le numérique, etc. Pour cette raison, nous l’appellerons la Carte du numérique régénératif de l’entreprise. Cette cohérence entre les deux cartes est l’un des principaux outils qui permet d’aligner la transformation digitale avec la transition régénérative.

Venons en maintenant au troisième niveau, qui est la subdivision du numérique consacrée à l’intelligence artificielle. Elle décline exactement la même matrice que pour l’IT dans son ensemble, mais focalisée sur l’IA : “green AI” et “AI for green” + “good AI” et “AI for good”.

Travaillées de concert, ces 3 matrices peuvent permettre l’alignement régénératif du numérique d’entreprise avec la stratégie d’entreprise.