A la découverte de l’économie à impact - Épisode 3
Épisode 3 : De startup à impact à Licorne à impact, via un nouveau mode de valorisation
Combien de ces startups deviendront les licornes ? Ont-elles vocation à le devenir ? C’est en tous cas la conviction du Mouvement Impact France, qui a lancé en mars 2024 l’Indice Impact 40/120 à l’image de l’indice French Tech Next 40 pour les startups “classiques”.
Selon le Mouvement Impact France, “alors que les indices CAC40 et French Tech Next 40 valorisent la réussite des entreprises françaises sur leur seule réussite économique et valorisation financière, les lauréats de l’indice IMPACT40 seront sélectionnés avant tout sur des critères d’impact social et écologique. Le nouvel indice #IMPACT40/120 valorisera les 40 entreprises à impact les plus prometteuses pour devenir des licornes à impact et les 120 entreprises à suivre de près et à soutenir dans leur accélération.”
Le Mouvement en profite pour définir ce qu’est une “licorne à impact” : “Une licorne à impact est une entreprise à impact ayant moins de 10 ans d’existence et qui génère plus de 50 millions d’euros de coûts évités pour la société par an.”
Le point particulièrement intéressant ici est l’unité de calcul de la valeur. Il ne s’agit pas de la valeur financière de l’investissement dans la startup, mais des “coûts évités pour la société par an”. De quoi s’agit-il ? Comment cela est-il calculé ? Le Mouvement Impact France en donne la description suivante : “Le calcul des coûts évités porte sur les économies réalisées par la collectivité directement liées à l’activité de l’entreprise*. Par exemple, dans le cas de l’entreprise Simplon qui a pour objectif de faire du numérique un levier d’inclusion dans l’emploi, le calcul des économies réalisées par l’État renvoie à la somme des prestations sociales (RSA, allocation de retour à l’emploi, accompagnement par le service public de l’emploi) évitées pour chaque bénéficiaire accompagné par Simplon. Ainsi, on observe que Simplon permet d’éviter 17,4 millions d’euros par an.”*
Ce mode de calcul de la valeur de l’impact créé est le fruit de travaux conduits conjointement par le Mouvement Impact France, le BCG et l’ESSEC pendant 3 ans et ayant abouti à l’été 2024, à la création du concept de “licorne à impact”, à son mode de calcul, tel que défini ci-dessus, et à la création de l’Indice Impact 40/120, qui rassemble donc les startups à impact les plus susceptibles de devenir des licornes à impact.
Dans un article de présentation de la démarche, le Mouvement Impact France précise le mode d’évaluation : “La nouvelle méthodologie proposée pour évaluer les entreprises du panel repose sur une analyse monétaire intégrant les effets directs et indirects des entreprises. Cette approche, inspirée du Social Return on Investment (SROI, ou Social Value), permet de traduire l’impact social et environnemental en termes financiers, rendant ainsi ces bénéfices plus tangibles et comparables.”
Cette approche est donc comparable dans l’esprit à celle de la comptabilité extra-financière, qui émerge depuis quelques années, ou à celle du concept de performance globale défendu par le CJD. Le Mouvement Impact France fait ainsi la promotion de son approche :
“Cette méthode, inspirée de nouvelles approches internationales, révolutionne la manière de mesurer la performance des entreprises. Pour les entreprises à impact évaluées au cours de l’étude, les coûts évités et la valeur totale créée correspondent en moyenne à 130% de leur chiffre d’affaires. Bien qu’aucune n’ait encore atteint le seuil de 50 millions d’euros de coûts évités annuellement (seuil identifié pour devenir une licorne à impact), la mesure de leur impact, incluant à la fois les coûts directs et indirects, positionne ces entreprises à l’avant-garde de la performance globale, une tendance qui devrait devenir la norme dans les prochaines années. Avec un soutien adapté, ces entreprises pourraient devenir les licornes de demain, jouant un rôle clé dans la transition vers une économie plus durable et inclusive.
L’étude met ainsi en lumière l’importance de mesurer et valoriser non seulement les performances économiques des entreprises, mais aussi leur contribution sociale et environnementale. Cette nouvelle approche encourage ainsi une évaluation plus holistique des entreprises, où leur capacité à résoudre des problèmes sociétaux est reconnue au même titre que leur performance économique.
Avec l’augmentation des demandes de financements pour la transition, la généralisation de la mesure de des coûts évités et de la valeur créée constitue également un enjeu fondamental pour la puissance publique. Elle représente une opportunité d’imaginer un partenariat renouvelé avec les entreprises, permettant de réaliser des économies sociales et environnementales à court, moyen et long-terme.”
Il est intéressant de noter que “pour les entreprises à impact évaluées au cours de l’étude, les coûts évités et la valeur totale créée correspondent en moyenne à 130% de leur chiffre d’affaires.” Selon ce mode de calcul, Phénix est évalué à 26,4 millions d’euros de coûts évités et Simplon à 23,2 millions.
Dans une tribune publiée en octobre 2024 dans La Tribune par 100 entreprises à impact, celles-ci formulent les choses différemment en disant que “pour chaque euro de chiffre d’affaires réalisé par ces structures, 1,3 euro en moyenne est économisé pour la société et les pouvoirs publics !”