Les principes clés des modèles d’entreprises
Comme l’indique Sylvain Breuzard dans son livre sur la permaentreprise, “en posant d’abord trois principes éthiques (prendre soin des humains, prendre soin de la Terre, se limiter et distribuer les surplus), les fondateurs de la permaculture ne déroulent pas leur projet, comme on déroule trop souvent un projet d’entreprise, mais ils nous dévoilent leur vision du monde” (La permaentreprise, p. 52). Les modèles d’entreprise que nous avons évoqués dans nos deux derniers articles représentent donc chacun une vision du monde ou, à tout le moins, une vision de l’économie et des entreprises.

Cette vision s’appuie souvent sur des principes, qui la rendent plus concrète et opérationnelle, et qui déterminent ensuite les décisions qui sont prises dans la gouvernance, le pilotage ou le management de l’entreprise. Cet article a pour objectif de présenter les principes associés à certains des modèles présentés dans les articles précédents.
Les 12 principes de la permaentreprise
Inspirée par la permaculture, la permaentreprise lui emprunte ses 12 principes de design, “conçus comme des repères pour guider les décisions” (La permaentreprise p 54). Ces principes ont été énoncés par David Holmgren, l’un des fondateurs de la permaculture, dans son livre Permaculture, Principes d’action pour un mode de vie soutenable (Permaculture : Principles & pathways beyond sustainability), publié en français en 2014.
Les principes de la permaculture sont les suivants :
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Observer et interagir
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Économiser et régénérer les énergies et les ressources non renouvelables
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Obtenir une production
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Appliquer l’autorégulation et accepter la rétroaction
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Utiliser et valoriser les énergies et les ressources renouvelables
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Ne produire aucun déchet
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La conception, des motifs au détails
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Intégrer au lieu de séparer
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Utiliser des solutions lentes et à petite échelle
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Se servir de la diversité et la valoriser
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Utiliser les bordures et valoriser les marges
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Face au changement, cultiver l’inventivité
Norsys s’est inspiré de ces principes et les a traduit de telle sorte qu’ils correspondent au contexte d’une permaentreprise. Ainsi, dans une permaentreprise, un projet est conduit de manière à :
- Démarrer par une observation et la compréhension des interrelations
- Être économe et régénératif des énergies et des ressources
- Produire de manière à la fois sobre et efficace
- Être capable de s’autoréguler
- Privilégier les ressources renouvelables
- Ne pas produire de déchets
- Avoir de l’entreprise une vision globale
- Nourrir des relations de coopération
- Prototyper et expérimenter
- Valoriser la diversité
- S’ouvrir et se nourrir de l’extérieur
- Se réinventer en permanence
Chacun de ces principes est associé à des questions et idées inspirantes pour aider les personnes de l’entreprise à y répondre.
Pour plus d’informations sur ce sujet, nous vous invitons à lire La permaentreprise, p 54 à 76.
Les principes de l’entreprise régénérative
Dans un article de 2022 intitulé Qu’est-ce qu’une entreprise régénérative ?, Christophe Sempels a énoncé et décrit 17 principes de l’entreprise régénérative, classés en 3 macro-principes :
Macro-principe 1 : Approche systémique visant une valeur étendue partagée
Une entreprise régénérative cherche à adopter un fonctionnement :
1. Systémique, interconnecté, interdépendant et construit sur des états d’équilibre dynamique issus de rétro-feedbacks ;
2. Créateur de valeur non exclusivement pour ses clients ou ses actionnaires, mais pour un réseau plus vaste de parties prenantes et pour les écosystèmes ;
3. En expérimentation constante en s’appuyant sur le hasard et l’inattendu ;
4. Capable de tirer parti de l’immatériel pour valoriser ses effets utiles ;
5. Soucieux de garantir un revenu décent et un partage de la valeur entre ses parties prenantes et pour l’intérêt général.
6. Capable de se limiter pour la pérennité de l’écosystème ou de l’espèce
Macro-principe 2 : Conception et design bio-inspiré
Une entreprise régénérative cherche à adopter un fonctionnement :
7. Circulaire par design ;
8. Sobre dans la satisfaction des besoins de l’entreprise, multifonctionnel et ancré dans le local sur la mobilisation de ressources et d’énergie de flux ;
9. Cherchant un équilibre entre performance et robustesse (sous-optimale) ;
10. En renforcement des services écosystémiques de soutien et de régulation ;
11. Utilisateur d’atomes simples et de molécules bio-assimilables que l’entreprise combine de manière créative et diversifiée ;
Macro-principe 3 : Nourrir les coopérations et les relations
Une entreprise régénérative cherche à adopter un fonctionnement :
12. Soucieux de créer des relations vivifiantes, de renforcer le lien social, l’inclusivité et le respect entre tous ;
13. Fondé sur des relations de coopération dont elle bénéficie et qu’elle récompense en pariant sur le collectif et la diversité ;
14. Cherchant de nouvelles opportunités produites dans les frontières de ses (éco)systèmes;
15. Soucieux de l’amélioration de la santé physique, émotionnelle et sociale de ses parties prenantes ;
16. Soucieux de donner une voix à ses parties prenantes et à les intégrer dans les processus de prise de décision ;
17. Initiateur du renforcement de l’émancipation et des capacitations de ses parties prenantes, en particulier des capacités adaptatives et d’apprentissage ;
En 2023, dans une étude intitulée L’entreprise à visée régénérative, Christophe Sempels et Lumia ont ramené ces principes à 11, tels que décrits dans le visuel ci-dessous :

Selon les auteurs de l’étude, ces principes s’inspirent des “principes du vivant émanant des travaux d’Hoagland, Dodson et Hauck (2001), les principes permacoles d’Holmgren (2014) et la manière dont ils ont été traduits par Breuzart dans une application à la permaentreprise (2021), ceux issus des travaux du Biomimicry Institute et de Biomimicy 3.8., les principes de la chimie verte rappelés par Gauthier Chapelle (2015) et les principes du Framework for Strategic Sustainable Development (FSSD). Nous avons également relevé les principes sociaux issus de la théorie du Donut, des travaux sur le Social Return on Investment ou des travaux sur l’analyse sociale du cycle de vie. Au travers d’un travail réflexif issu d’une confrontation à la pratique et d’études de cas d’entreprises régénératives ou visant une ambition régénérative, nous en avons dérivé 11 principes, repris dans la figure 3.3. et décrits plus en détail ci-après, exemples à l’appui.” (étude p41)
Chacun de ces principes est en effet décrit en détail dans la suite de l’étude.
Les principes de l’entreprise responsable
Le modèle de “l’entreprise responsable” est sans doute celui qui a fait l’objet du plus grand nombre de publications relatives à une définition de principes d’action et de gouvernance.
D’un point de vue chronologique, le premier texte à avoir été publié est sans doute celui des Principes directeurs de l’OCDE pour les entreprises multinationales, adopté en 1976, alors qu’on ne parlait pas encore de développement durable et encore moins de RSE. Ils ont été révisés à cinq reprises depuis. La dernière édition date de 2023. Ces Principes constituent un ensemble de recommandations adressées par les pays membres de l’OCDE aux entreprises multinationales pour les inciter à adopter un comportement responsable dans leurs activités. “Ils visent à encourager la contribution positive que les entreprises peuvent apporter au progrès économique, environnemental et social, et à réduire au minimum les impacts négatifs auxquels leurs activités, leurs produits et leurs services peuvent être associés dans les domaines visés par les Principes directeurs.” (source) Ils sont considérés comme l’un des textes précurseurs de la RSE et du développement durable.

(Source)
En 1992, la troisième Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement, dite Sommet de la Terre de Rio, est un des moments fondateurs du développement durable. La Conférence va produire un plan d’action pour les pays nommé Agenda 21, ainsi qu’une Déclaration à l’attention des entreprises. Cette dernière contiendra ce qu’on a appelé les 27 principes de la déclaration de Rio sur le Développement durable. Cette publication marque le début de l’intégration des principes du développement durable dans la conduite des entreprises.
Une nouvelle étape sera franchie en 2000, avec le lancement par les Nations Unies du Pacte Mondial, une initiative qui vise à inciter les entreprises à respecter les valeurs des Nations Unies telles que définies dans le texte des 10 Principes :
Les 10 Principes du Global Compact :
Droits de l’Homme
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Les entreprises sont invitées à promouvoir et à respecter la protection du droit international relatif aux droits de l’Homme ;
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À veiller à ne pas se rendre complices de violations des droits de l’Homme.
Normes internationales du travail
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Les entreprises sont invitées à respecter la liberté d’association et à reconnaître le droit de négociation collective ;
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À contribuer à l’élimination de toutes les formes de travail forcé ou obligatoire ;
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À contribuer à l’abolition effective du travail des enfants ;
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À contribuer à l’élimination de toute discrimination en matière d’emploi et de profession.
Environnement
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Les entreprises sont invitées à appliquer l’approche de précaution face aux problèmes touchant à l’environnement ;
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À prendre des initiatives tendant à promouvoir une plus grande responsabilité en matière d’environnement ;
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À favoriser la mise au point et la diffusion de technologies respectueuses de l’environnement.
Lutte contre la corruption
- Les entreprises sont invitées à agir contre la corruption sous toutes ses formes, y compris l’extorsion de fonds et les pots-de-vin.
En 2004, le Gouvernement du Québec s’inspirera de la déclaration de Rio pour rédiger sa Loi sur le développement durable, qui définit “16 principes qui doivent être pris en compte par l’ensemble des ministères et des organismes publics dans leurs interventions. Ces principes sont en quelque sorte un guide pour agir dans une perspective de développement durable.” Les 16 principes sont consultables sur cette page.
Enfin, en 2015, les 17 objectifs de Développement Durable des Nations Unies peuvent être considérées comme une forme de principes à suivre par les entreprises responsables.
La thématique de la RSE a donné lieu à moins de propositions de lignes directrices que celle du développement durable. On peut citer néanmoins la norme ISO 26000, publiée en 2010, qui fixe des lignes directrices pour la RSE, organisées autour de sept thèmes pouvant être interprétés comme des principes :
- la gouvernance de l’organisation,
- les droits humains,
- les relations et conditions de travail,
- l’environnement,
- la loyauté des pratiques,
- les questions relatives aux consommateurs,
- les communautés et le développement local.
Les principes de l’entreprise à impact
Le Mouvement Impact France, qui se veut le représentant des entreprises à impact, a rédigé un Manifeste dans lequel il indique que “les membres d’Impact France défendent un plaidoyer régi par 4 principes clés : Sobriété, Partage, Intérêt commun et Transparence”. Il ne s’agit pas vraiment de principes d’actions pour les entreprises à impact, mais ces 4 thèmes dessinent malgré tout les lignes d’action de ces dernières.
Autres modèles
La loi Pacte, la raison d’être ou l’entreprise à mission ne sont pas associées directement avec une liste de principes. Mais il appartient à chacune des entreprises qui s’inscrit dans ces modèles de définir elle-même ses principes d’action. Ceux-ci peuvent notamment être rédigés et communiqués dans une charte d’entreprise.